
Qui a pu annoncer ta mort à Khalti Sadjia ?
.... Qui a pu la regarder dans les yeux et lui dire que tu ne rentreras plus chez elle, chez toi, chez nous ?
Parce que chez les Osmane, c’est chez toutes les femmes libres, chez tous les hommes libres, chez tous les militants des causes nobles dans lesquelles tu t’es engagé sans retenue, sans réserves, sans crainte des risques encourus dans la période de la clandestinité, lorsque peu d’hommes et de femmes pouvaient affronter la machine répressive du système du parti unique.
Khalti Sadjia, l’unique femme de ta vie, savait tout sur toi, sur tes activités clandestines pour ton idéal, pour ton Algérie libre, démocratique, socialiste, égalitaire, pour ton rêve d’une Algérie juste, où femmes et hommes sont autant libres qu’égaux, pour un monde sans domination, sans maître, sans esclave…
Khalti Sadjia, dont le cœur brûle aujourd’hui, s’attendait à ce qu’on lui annonce la mauvaise nouvelle, dans les années soixante-dix quand tu sillonnais le pays pour mobiliser les jeunes autour d’activités culturelles et pour mettre en place le réseau des ciné-clubs qui étaient autant d’espaces pour des débats libres sur les préoccupations immédiates des Algériens.
Khalti Sadjia s’attendait à la mauvaise nouvelle, lorsque, lors du printemps amazigh, toi qui ne parle pas amazigh, mais qui en as fait ta cause, tu parcourais les champs de bataille pour diffuser les tracts et prêcher la justesse du combat identitaire et linguistique, inséparable du combat social et politique.
Tu t’es investi dans tous les combats politiques, sociaux et culturels de nature à faire avancer les choses, à faire bouger les choses, à fouetter les consciences.
Tu aimais répéter un idiome de Trotski : «Les problèmes de tout le monde sont politiques et les problèmes politiques sont de tout le monde.»
Membre fondateur du GCR dans les années soixante-dix, tu as assisté à la légalisation de ton combat en 1989 lorsque tu avais proclamé avec tes camarades le PST. Ce fut l’aboutissement d’un combat, d’années de sacrifice et de don de soi pour ton idéal.
Mais tu ne t’es jamais coupé de ton combat le plus important, le plus déterminant, ton combat syndical que tu as mené au sein de l’UGTA, avant de t’engager dans l’aventure du CLA dont les luttes étaient autant d’automnes qui ont promis des printemps radieux et dont les moissons sont là.
On ne te contera jamais assez, on ne te dira jamais assez, tu étais le symbole de l’homme libre, de l’engagement et de l’abnégation. Tu étais l’ami, le camarade. Tu es désormais l’Idéal
In « La Tribune » Dimanche 16 Décembre 2007
Par Abdelkrim Ghezali