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La stratégie de la rupture
En trois ans, la préfecture du Nord est passée des régularisations aux
reconduites.
Par Stéphanie Maurice
LIBERATION.FR : vendredi 24 août 2007
«Vous vous rendez compte ? Treize grèves de la faim depuis 1996 !»
A chaque conférence de presse, le préfet du Nord, Daniel Canépa, s'en
étonne.
Sa mission ? Casser ...
«l'équation grève de la faim égale régularisation».
Désormais, s'exclame-t-il ....
«grève de la faim égale reconduite à la frontière. C'est cela, la rupture».
Exception. Dans le Nord, la mobilisation permanente des sans-papiers a
créé un climat d'exception : ici, les régularisations sont plus nombreuses
qu'ailleurs.
L'histoire commence en mai-juin 1996, l'année de l'occupation
de l'église Saint-Bernard à Paris.
Un groupe de parents sans papiers se lance dans une grève de la faim.
Ils sont dans un no man's land juridique à la suite des lois Pasqua.
Ils ne peuvent être expulsés parce que leurs enfants sont français, mais ils n'ont pas le droit de travailler.
Ils seront finalement régularisés.
«C'est dans la foulée de cette victoire que s'est créé le CSP, le comité des sans-papiers» ,
se souvient Annick
Battallan, de la Ligue des droits de l'homme.
«Pour nous, c'était une
excellente chose, cette autoorganisation des sans-papiers.
Ils sortaient de leur clandestinité pour lutter.»
Ensuite, les grèves se sont échelonnées à un rythme élevé, avec plus ou
moins de succès. Jusqu'au mouvement de 2004, où il y aura 450 grévistes à Lille.
Un médiateur est nommé par le gouvernement Raffarin, le conseiller
d'Etat Jean-Marie Delarue. Outre les régularisations qu'il accorde, il met
en place un système préventif des jeûnes : une réunion mensuelle avec le collectif des sans-papiers (composé des Mrap, CSP59, Cimade, LDH) pour le réexamen de dossiers refusés.
Grippé. En moyenne, 40 % des cas sont régularisés.
Mais, selon le collectif, le dispositif s'est grippé cette année, et les listes d'attente se sont allongées, ce que nie la préfecture.
La crise explose le 15 juin, après l'occupation du World Trade Center de Lille, quand 60 sans-papiers sont arrêtés. Commence alors cette grève de la faim, aujourd'hui dans l'impasse.