A DIJON SE TROUVE LA PLUS IMPORTANTE « CELLULE NTEC » Les cybergendarmes à la traque des pédophiles sur Internet
DIJON SE TROUVE LA PLUS IMPORTANTE « CELLULE NTEC » Les cybergendarmes à la traque des pédophiles sur Internet
Cyberpatrouilles, logiciels de recoupement, espionnage de forums... nuit et jour, les pédophiles sont traqués sur la Toile par les gendarmes de la « cellule NTEC » de la section de recherches de Dijon, la plus importante et l'une des trois plus pointues de France.
Leur terrain d'investigations, c'est le monde entier. Leurs cibles : la pédopornographie, mais aussi les escroqueries, la prostitution... Leurs moyens : des ordinateurs, à partir desquels ils effectuent des heures et des heures de cyberpatrouilles, naviguant sur Internet à partir de mots-clefs entrés dans des moteurs de recherche, s'invitant dans les forums les plus osés, visitant les sites les plus glauques, sillonnant les ténèbres du monde virtuel. Ce sont les cybergendarmes, spécialistes hautement qualifiés de l'informatique et de l'Internet, que la gendarmerie nationale a nommé les « NTEC », pour « Nouvelles Technologies de la Communication ».
L'une des plus pointues A Dijon, au sein de la section de recherches, se trouve une « cellule NTEC », qui comprendra bientôt quatre hommes. La plus importante cellule de France par le travail qu'elle fournit en continu, et aussi l'une des plus pointues, avec celles de Bordeaux et Marseille.
Si l'on excepte, bien entendu, le STRJD (Service technique de recherches judiciaires et de documentation) implanté à Rosny-sous-Bois, qui centralise les informations et chapeaute les opérations nationales coordonnées.
Des mathématiques pour enlever le brouillage
Pour ce qui est du pédophile dont Interpol vient de diffuser la photo au niveau mondial (voir ci-dessous), les gendarmes dijonnais sont admiratifs du travail réalisé : « Partout où il apparaissait avec des enfants, son visage était brouillé. Nos collègues enquêteurs ont étudié l'algorithme du brouillage. Ce sont des mathématiques extrêmement poussées.
Et à partir de là, ils ont fait ce que l'on appelle du « reverse ingeneering », c'est-à-dire qu'ils ont fait fonctionner le système à l'envers pour obtenir la photo exacte d'avant le brouillage. C'est un énorme travail mathématique. »
Les gendarmes français disposent d'une foule d'armes pour se battre contre ceux qui diffusent des images pornographiques d'enfants, et aussi - surtout - pour retrouver les tortionnaires qui réalisent ces images. « Chaque fois que nous trouvons, lors d'une perquisition par exemple, une image ou une vidéo pédophile, nous la retransmettons à notre centre national d'analyse des images pédophiles.
A Rosny-sous-Bois, nous disposons de moyens puissants pour effectuer une foule de rapprochements, à partir des victimes bien sûr, mais aussi à partir des décors, des lieux, de l'environnement.
D'ailleurs, lorsque nous allons chez un pédophile, nous photographions systématiquement son environnement, dans le détail : l'appartement, ce que l'on voit depuis sa fenêtre... Un objet, une montre, un paysage en arrière-plan, une couleur peuvent permettre de retrouver un acte, un lieu, un auteur. Dans ce type de recherches, le classement est différent, les victimes sont associées à des lieux. » Etats-Unis, Russie pays de l'Est...
Par ailleurs, les NTEC recherchent aussi ceux qui divulguent les images et les chargent : « Le FBI avait identifié l'an dernier 1 500 Français qui se connectaient sur un site américain pédophile.
Les adresses informatiques des internautes ont été transmises à Rosny-sous-Bois et étudiées.
Lorsque tous les clients du site ont été identifiés, nous avons mené une opération nationale. Il y en avait plusieurs en Bourgogne.
Un fichier pédophile, c'est facile à trouver. Le plus difficile, c'est d'en retrouver la divulgation. La plupart des sites pédophiles se trouvent aux Etats-Unis, en Russie, dans les pays de l'Est. Notre travail, lors d'opérations nationales de ce type, c'est aussi d'éloigner des gens potentiellement dangereux des enfants. Et souvent les pédophiles ont des métiers en contact avec des enfants... » Bombes et fausses loteries
Les missions de la cellule NTEC ne se limitent pas à la pédopornographie : les cybergendarmes mènent la lutte sur toutes les formes de criminalité que l'on peut trouver sur la toile : escroqueries, fausses loteries, délits d'initiés en matière de bourse (des gens diffusent à partir de fichiers de fausses informations sur telle ou telle entreprise dont ils souhaitent voir monter ou descendre les cours). Ils ont même fait fermer des sites sur lesquels on apprenait à... fabriquer des bombes artisanales.
Enfin, leur mission est aussi d'assister tous les enquêteurs de la section de recherches pour exploiter systématiquement, dans tous les types d'investigations, le matériel informatique. Affaires financières, homicides, toutes les formes de criminalité peuvent aujourd'hui être associées à l'informatique.
Hier, les cybergendarmes dijonnais avaient ralenti le rythme de leurs patrouilles Internet, comme tous leurs collègues de France : une opération nationale est en cours et elle touche la plupart des régions. Escroquerie, pédophilie ?
On n'en saura pas plus... « Ce métier demande une grande discrétion, même si l'on p ense qu'un écran suffit à se cacher. »