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femme à l'avant scène ! Souhayr Belhassen

 

23 mai 07 - Après Irene Khan chez Amnesty International, c’est au tour de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH) d’élire une femme à la présidence. Souhayr Belhassen, journaliste tunisienne, milite depuis trente ans pour les libertés dans son pays.

Isolda Agazzi/Infosud - Souhayr Belhassen vient du monde arabe et musulman : simple coïncidence ou signal fort de l’organisation au moment où certains parlent de choc des civilisations et d’autres semblent remettre en question l’universalité des droits humains ? Rencontre.

Vous avez été élue à un moment où le monde arabe et l’Occident se parlent, mais semblent ne pas se comprendre. Où est le problème ?

L’Occident est toujours vu comme le colonisateur. Ce malentendu est attisé par des régimes qui veulent sauvegarder leurs intérêts et des peuples qui refusent, souvent, de voir la réalité en face. Faute de pouvoir s’élever contre leurs dirigeants, ils accusent l’Occident. C’est sur cette réalité qu’a explosé le 11 septembre, avec son lot de peur, de rejet et de nouveau djihad.

L’affrontement entre pays démocratiques et autoritaires se durcit au Conseil des droits de l’homme. Les droits humains sont-ils vraiment universels ?

Les droits humains ne peuvent être qu’universels. L’affrontement en cours ne traduit pas des approches, mais des pratiques différentes entre les Etats démocratiques et ceux qui ne le sont pas. Le renouvellement récent de quatorze Etats membres du Conseil nous le prouve : dans la majorité des groupes régionaux, le nombre de candidats était égal au nombre de sièges vacants. Le processus électif était donc possible seulement dans le groupe des Etats européens et occidentaux. La FIDH appelle tous les Etats membres actuels et futurs à respecter leurs engagements, que ce soit le Pakistan, la Tunisie, l’Algérie ou le Bangladesh. Dans ce cadre, la candidature de la Biélorussie était un véritable scandale.

Certains accusent les ONG internationales de servir les intérêts de l’Occident...

Qu’entendez-vous par « certains » ? Voulez-vous dire des régimes qui voudraient jeter en prison, torturer et assassiner sans qu’aucune voix ne les dénonce ? Ou qui veulent le silence sur les exactions commises au Darfour par les milices Djandjaweed, couvertes par le régime de Al Bachir ?

Dans de nombreux pays, la majorité de la population semble se désintéresser des droits de l’homme. Ces derniers sont-ils l’apanage d’une élite intellectuelle ?

Les défenseurs des droits humains sont des femmes et des hommes de bonne volonté. A la Ligue tunisienne des droits de l’homme, tout comme à la FIDH, nous sommes loin d’être tous des « cols blancs » et ne prétendons pas former un parti de masse. L’essentiel c’est de poursuivre notre credo et de se battre pour les libertés.

Vous avez affirmé vouloir donner autant de poids aux droits économiques et sociaux qu’aux droits civils et politiques. Qu’est-ce qui est plus important : manger ou être libre ?

Manger et être libre.

Vous venez d’un pays où les droits des femmes sont parmi les plus avancés du monde arabe. Un modèle pour la région ?

Oui, dans la mesure où la Tunisie est le seul pays de la région à avoir accompli une révolution par le droit en abolissant la polygamie et la répudiation. Non, dans la mesure où l’inégalité dans l’héritage demeure entière : l’homme hérite le double de la femme. En plus, la violence contre les femmes est un fléau, comme dans d’autres pays. Les associations féministes sont dans la mouvance démocratique et ne veulent donc pas servir d’alibi aux violations des droits humains.

Genève, Bruxelles, Paris : vous sillonnez le globe sans relâche pour dénoncer les atteintes à la dignité humaine. Qu’est-ce qui vous donne autant de foi dans l’efficacité des institutions internationales ?

J’ajouterai aussi la Ligue arabe, l’Union africaine et l’Organisation des Etats d’Amérique latine. Je crois dans les normes et les mécanismes internationaux qui, bien que souvent insuffisants, finissent par réguler des situations qui deviendraient sinon intenables.

Isolda Agazzi/Infosud - Souhayr Belhassen vient du monde arabe et musulman : simple coïncidence ou signal fort de l’organisation au moment où certains parlent de choc des civilisations et d’autres semblent remettre en question l’universalité des droits humains ? Rencontre.

Vous avez été élue à un moment où le monde arabe et l’Occident se parlent, mais semblent ne pas se comprendre. Où est le problème ?

L’Occident est toujours vu comme le colonisateur. Ce malentendu est attisé par des régimes qui veulent sauvegarder leurs intérêts et des peuples qui refusent, souvent, de voir la réalité en face. Faute de pouvoir s’élever contre leurs dirigeants, ils accusent l’Occident. C’est sur cette réalité qu’a explosé le 11 septembre, avec son lot de peur, de rejet et de nouveau djihad.

L’affrontement entre pays démocratiques et autoritaires se durcit au Conseil des droits de l’homme. Les droits humains sont-ils vraiment universels ?

Les droits humains ne peuvent être qu’universels. L’affrontement en cours ne traduit pas des approches, mais des pratiques différentes entre les Etats démocratiques et ceux qui ne le sont pas. Le renouvellement récent de quatorze Etats membres du Conseil nous le prouve : dans la majorité des groupes régionaux, le nombre de candidats était égal au nombre de sièges vacants. Le processus électif était donc possible seulement dans le groupe des Etats européens et occidentaux. La FIDH appelle tous les Etats membres actuels et futurs à respecter leurs engagements, que ce soit le Pakistan, la Tunisie, l’Algérie ou le Bangladesh. Dans ce cadre, la candidature de la Biélorussie était un véritable scandale.

Certains accusent les ONG internationales de servir les intérêts de l’Occident...

Qu’entendez-vous par « certains » ? Voulez-vous dire des régimes qui voudraient jeter en prison, torturer et assassiner sans qu’aucune voix ne les dénonce ? Ou qui veulent le silence sur les exactions commises au Darfour par les milices Djandjaweed, couvertes par le régime de Al Bachir ?

Dans de nombreux pays, la majorité de la population semble se désintéresser des droits de l’homme. Ces derniers sont-ils l’apanage d’une élite intellectuelle ?

Les défenseurs des droits humains sont des femmes et des hommes de bonne volonté. A la Ligue tunisienne des droits de l’homme, tout comme à la FIDH, nous sommes loin d’être tous des « cols blancs » et ne prétendons pas former un parti de masse. L’essentiel c’est de poursuivre notre credo et de se battre pour les libertés.

Vous avez affirmé vouloir donner autant de poids aux droits économiques et sociaux qu’aux droits civils et politiques. Qu’est-ce qui est plus important : manger ou être libre ?

Manger et être libre.

Vous venez d’un pays où les droits des femmes sont parmi les plus avancés du monde arabe. Un modèle pour la région ?

Oui, dans la mesure où la Tunisie est le seul pays de la région à avoir accompli une révolution par le droit en abolissant la polygamie et la répudiation. Non, dans la mesure où l’inégalité dans l’héritage demeure entière : l’homme hérite le double de la femme. En plus, la violence contre les femmes est un fléau, comme dans d’autres pays. Les associations féministes sont dans la mouvance démocratique et ne veulent donc pas servir d’alibi aux violations des droits humains.

Genève, Bruxelles, Paris : vous sillonnez le globe sans relâche pour dénoncer les atteintes à la dignité humaine. Qu’est-ce qui vous donne autant de foi dans l’efficacité des institutions internationales ?

J’ajouterai aussi la Ligue arabe, l’Union africaine et l’Organisation des Etats d’Amérique latine. Je crois dans les normes et les mécanismes internationaux qui, bien que souvent insuffisants, finissent par réguler des situations qui deviendraient sinon intenables.

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