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POIVRE et SEL de Philippe Alexandre
Le mot qui blesse
Parce qu'il avait procédé à une dégustation de vins corses avant de déclarer « l'État en situation de faillite », François Fillon a été accusé, par d'éminentes voix de sa majorité, de gaffe, de bévue, de bourde.
Il lui a fallu sur-le-champ effectuer un rétro-pédalage en douceur et préciser qu'il avait usé d'une « image » pour répondre aux demandes des agriculteurs corses. Mais il peut arriver que l'image corresponde à la réalité.
Et si Lionel Jospin et Dominique de Villepin ont exprimé leur mécontentement, le patron de la banque européenne, Jean-Claude Trichet, a approuvé.
Les principales institutions financières européennes ainsi que nos partenaires de l'Union se sont alarmés de la situation de la France.
Tout ce que Nicolas Sarkozy a pu faire pour les rassurer, c'est de promettre que l'équilibre serait rétabli à la fin de son quinquennat.
Il y a trente ans, depuis un Premier ministre, Raymond Barre, qui n'hésitait pas à sonner le tocsin, les gouvernements successifs de droite comme de gauche présentent des budgets en déficit.
La Belgique, qui ne brille certes pas par sa stabilité politique, présente depuis trois ans un budget en équilibre.
Mercredi, François Fillon proposera un déficit budgétaire de plus de 40 milliards d'euros, presque trois fois le total des cadeaux fiscaux offerts par Nicolas Sarkozy.
Si la France n'est pas en faillite - ce qui s'appelle jouer sur les mots - la Sécurité sociale l'est bel et bien : son déficit avoisinera cette année les 12 milliards alors que le précédent ministre, Xavier Bertrand, toujours présent au gouvernement en promettait « seulement » 8.
Depuis cinq ans, le « trou de la Sécu » ne fait que se creuser et les mesures d'économie, qui provoquent chaque fois des clameurs indignées se sont révélées totalement inefficaces.
Mais les réprobations provoquées par la phrase de François Fillon en Corse laissent mal, très mal augurer de la volonté du pouvoir de mettre fin à cette faillite qui ne veut pas dire son nom.
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